Rencontre avec Sarah El Ouanzi, coordinatrice au sein du terrain d’insertion de la Rauze


Le 27 avril dernier, le bidonville de Celleneuve à Montpellier habité depuis près de 10 ans par environ 240 personnes venant d’Europe de l’Est et centrale a été résorbé, sans réinstallation, grâce en particulier à la création d’un espace temporaire de relogement avec accompagnement : le terrain d’insertion de la Rauze.

L’équipe Résorption-bidonvilles s’est rendue sur place et a rencontré notamment Sarah El Ouanzi de l’association 2 Choses Lune, coordinatrice de l’accompagnement, qui a partagé avec nous un retour sur le premier mois et demi passé à la Rauze.


Propos recueillis par Wendy Boukobza, chargée de déploiement de la plateforme Résorption-bidonvilles.


  • Qu’est-ce que change un terrain d’insertion dans votre pratique quotidienne de l’accompagnement social ?

Au bidonville de Celleneuve, les habitants vivaient au jour le jour et avaient du mal à s’impliquer dans les démarches pour s’intégrer.

Vivre sur le terrain de la Rauze a fait émerger de nouveaux besoins. Certaines personnes qui fuyaient l’insertion sont aujourd’hui demandeuses d’un emploi stable et ont envie d’apprendre le français. Ne plus vivre dans l’urgence leur permet de s’impliquer dans des démarches et se projeter sur le long terme.

Avec une équipe sur place au quotidien, ils nous sollicitent plus facilement et régulièrement. Cela crée une proximité et une confiance au service de l’accompagnement social.

  • Quels sont les premiers impacts que vous percevez auprès des populations ?

Nous avons perçu un changement radical au niveau de la fréquentation scolaire. Aujourd’hui, deux enfants sur trois sont scolarisés à plus de 50% de présentiel. A Celleneuve, moins d’un enfant sur trois était scolarisé pour un taux de présentiel inférieur à 30%. Certains enfants qui n’étaient jamais allés à l’école y vont régulièrement maintenant. Ce changement est d’autant plus marquant chez les plus jeunes, que les parents acceptent de scolariser désormais et qui sont particulièrement assidus.

L’accès à l’emploi était un chemin semé d’embûches, il était très compliqué de mettre des choses en place. Aujourd’hui des entreprises extérieures proposent d’intervenir sur le terrain pour faire des ateliers (prise de confiance en soi, comment se présenter à un entretien, rédaction de CV). Les habitants peuvent et veulent y participer car ils n’ont pas d’urgence ni d’excuses et sont en condition pour y assister. La semaine dernière, nous avons organisé un job dating pour lequel 25 candidats ont souhaité se présenter pour seulement 10 places disponibles. Nous avons pu débloquer 5 places supplémentaires, permettant ainsi à 15 personnes de s’y rendre. 4 jours plus tard, 2 personnes ont été embauchées et 2 ont reçu une proposition d’embauche.

A la Rauze, en un mois et demi, six personnes ont trouvé un emploi, dont un en CDI.

  • Quelles ont été les principales difficultés rencontrées depuis sa mise en place ? Comment les avez-vous surmontées ?

Les représentations du voisinage sont particulièrement compliquées à gérer. Les voisins n’acceptent pas l’installation du village et ne valorisent pas les choses positives qui s’y passent. Ils mènent une vraie « chasse aux sorcières » et blâment, à tort, les habitants du terrain pour énormément de problématiques qu’ils rencontrent.

Nous avons essayé d’apaiser les tensions en invitant, par exemple, les voisins à la crémaillère que nous avons organisée pour fêter les 1 mois de La Rauze. Deux d’entre eux sont venus.

Nous avons également mis en place un comité de liaison pour discuter des problématiques rencontrées et trouver des solutions. Un des problèmes majeurs est la présence de quinze véhicules additionnels suite à la mise en place du terrain sans qu’aucune place de parking n’ait été débloquée par la mairie. Nous avons déjà enclenché les démarches pour pallier cette situation.

  • Comment s’est passée votre crémaillère ?

Elle s’est très bien passée, l’ambiance était au rendez-vous ! Les résidents ont passé la matinée à ranger les lieux, ont invité les anciens habitants du bidonville de Celleneuve qui sont relogés aujourd’hui [NDLR : une partie des habitants de l’ancien bidonville ont accédé directement à un logement ordinaire]. Nous avons également convié tous les partenaires qui interviennent auprès des familles.

Tout le monde a participé, dansé, chanté. Des ateliers type kermesse étaient installés pour les enfants (pêche au canard, atelier dessin, chamboule tout,...). Cet évènement a permis aux habitants de prendre possession des lieux.

  • Quelles sont vos projets à venir au sein de la Rauze ?

La médiation scolaire, qui va se mettre en place dans l’été, est un de nos plus gros enjeux.

Nous souhaitons également poursuivre l’élan de l’accès à l’emploi et au logement. Nous espérons que l’engouement pour accéder au logement et la possibilité d’en donner ne s’essoufflera pas.

  • Quels sont vos objectifs ?

Notre objectif principal est de faire en sorte que la majorité des personnes accède au logement autonome ou adapté.

Nos autres objectifs consistent à scolariser les enfants à temps plein, permettre l’accès aux activités, à l’emploi, stimuler l’apprentissage du français : favoriser l’insertion des habitants en général.

Pôle Résorption des bidonvilles

Délégation interministérielle à l'hébergement

et à l'accès au logement

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